J-365
3 décembre 2011 | Christophe Géradon
Je n’ai jamais aimé les gens qui font des gestes autour de leur tête quand leur est apparemment venu le moment de juger ma manière de voir les choses. Les mots ne leur viennent pas, dès lors accompagnant le désaccord inarticulé une paluche spontanée débute cette lasse ondulation au niveau de la tempe. C’est en quelque sorte et en ce qui me concerne le point Godwin du langage corporel.
Il y a des attitudes à adopter en société, merde. Prenez Marguerite ; elle me souffle que j’ai trop bu, d’accord, agrémente ce dépit justifié d’un regard furibard, bon ; mais tout cela se passe dans le respect de la personne humaine. Je n’ai rien à y redire. Marguerite aide le type à la paluche ondulante – Rudy – à se relever, m’excuse en son nom, le raccompagne à la porte et, bon an, mal an, la soirée peut continuer. Pour ma part, je me rassieds, me contorsionne un moment pour sortir un Tuc déchiqueté de la poche de mon jeans et, à m’en scarifier l’intérieur des joues, en mâche la poudre salée. Près du frigo, on peut voir Stéphane qui, la bite à l’air, raconte à un couple de jeunes filles blasées la blague de l’éléphant de Jakarta. Je me lève et me déplace vers les Apéricubes goût barbecue.
Depuis cinq minutes, Bénédicte me parle de Géraldine sans s’en rendre compte. C’est à dire qu’au milieu de chaque phrase, il y a une référence à Géraldine. Géraldine ci, Géraldine là. Je ne sais pas où elle veut en venir, surtout qu’elle m’a accosté pour me demander si les commentaires seraient ouverts sur mon blog. Bénédicte a des plaques sur le visage, Géraldine bi, Géraldine ba. Il n’y a plus d’Apéricubes goût barbecue.
Stéphane l’humoriste est finalement en face de moi, il a en main le petit drapeau qu’on a distribué à tout le monde, il l’agite comme le ferait un petit singe de cirque foutraque. On lit sur le fanion “La réouverture du blog de Géradon 2011”. Je crois que je dois applaudir Stéphane, je ne sais pas. Je lui demande s’il sait où est la réserve d’Apéricubes goût barbecue, mais apparemment il ne sait rien. Il veut savoir par contre, comme si l’idée lui venait tout à coup, si je connais la blague de l’éléphant de Jakarta.
À un moment, tout le monde est parti ; je me retrouve seul dans l’appartement avec une bière en bout de poing. Je m’étends, pète un peu de houblon. En réalité, je ne suis pas seul ; il y a cette fille timide qui m’a zieuté toute la soirée, et qui est là, dans un coin sombre. Elle a dû se planquer quand tout le monde est sorti. Elle fait un pas dans la lumière de ma lampe Philips, elle est rouge pivoine, tordue sur place. Maladroite, elle se met à mimer une fellation sur le goulot de sa bouteille de Jupiler. On voit bien qu’elle a un crush, et qu’en même temps c’est très difficile pour elle de tomber si bas. Je fais un petit geste péremptoire en direction de la sortie, et elle me dit connard en claquant la porte.
Une fois seul, je me laisse tomber sur ma chaise de bureau, je lance le navigateur, entre l’url de mon blog, et je tape ce premier post. Merci bonsoir.
*sourire bienveillant*
La petite rougeaude, je l’aurais bien prise dans mes bras, caressée et laisser faire la nature, pas forcément me la farcir. Ya pas que les apéricubes á dépréder, on peut aussi bien donner un peu d’empathie, je n’ai pas dit de la pitié.
J’aurais ensuite éteint l’ordi et pris l’autobus pour aller voir mon papa si j’avais encore la chance d’en avoir un, et dit ou peut-être tu ce long silence de trente ans. Demain pourrait être trop tard. Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, mais il y a des choses à ne pas rater. Ne passe pas a côté.