Christine

Je suis au Lou’s Bar avec mon Perfecto trop petit et mes Docs basses sorties du carton. Dans ma tête, je suis indubitablement le quadra à pécho : après tout, je me saoule à la santé de la fin du monde avec sur la gueule un cynisme irrésistible quasi parisien. En réalité, bien évidemment, j’ai surtout la dégaine d’un Coluche bedonnant qui dit kestata chez Minux. Mais, sûr de mon fait, je constate avec un mépris envieux les brebis aux ongles courts et laqués qui pérorent autour de moi en déployant leur mâchoire fraiche. J’essaye d’afficher mon bon profil, celui avec le plus de dents, contortion qui me donne l’air du professionnel qui fixe les chiottes de manière passionnée. Il y a cette belette calibre 22 avec des concerts en caoutchouc plein le poignet qui m’ignore trop ouvertement, et j’évalue déjà le galbe de son cul qui claque sur mes cuisses, mais bordel c’est la quatrième fois qu’on me pousse au dos. Derrière moi, il y a une table de quinquas ; trois vieux mecs avec des grosses montres en métal, qui font boire une fille qui doit avoir trente-cinq ans. C’est son dos qui frappe le mien toutes les dix minutes.
D’accord. Je veux bien être une fois de plus ce grand prince qui sauve la trenta en danger, même si quand-même.
Elle s’appelle Christine, elle travaille en agence, et en est à son troisième burnout, et elle m’explique ça dans mon canapé, et je me demande si je vais baiser ce soir ou non.
Quand enfin on est dans mon pieu, c’est la débandade, et Christine joue un peu avec ma grappe sans espoir. Et puis je me mets à imaginer la nuit qui l’attendait si je n’étais pas intervenu : trois quinquas qui la font tourner telle une ado des banlieues ; et alors je pointe au nord et je me permets de retourner Christine pour la prendre façon pinball.

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