Tancredi

La dernière nana qui ait compté pour moi était Québécoise. Son nom me faisait marrer, elle s’appelait Tancredi.
Oui, je sais, c’est le nom de la meuf dans Prison Break, et ce n’est pas un détail anodin dans mon choix de la draguer.
Avant de poursuivre, je veux préciser une chose ; là, tu lis mes textes, et tu t’imagines que je suis un tombeur irrésistible énumérant ses nombreuses conquêtes ; soyons clairs : au bal des crevards, je suis en bout de chaîne. Je suis socialement un parasite et, surtout, je suis sale comme un cul.
Même « Dudule, le roi de la pendule », l’épave qui écume les bars de Liège, a un mouvement de recul quand je lui tends la main ; et pourtant, tu vois bien que Dudule, il faudrait frotter longtemps pour en voir la couleur d’origine.
Non, voilà, je suis un vieux dégueulasse ; je ne crois pas au pouvoir de l’eau, j’ai les dents dans tous les sens, et mes chaussettes s’incrustent autour de mes orteils au bout d’un mois. Je ne fais jamais la vaisselle ; mon appartement est un cloaque confiné qui flaire le foutre, et ma cuisine colle aux cheveux ; mes chiottes sont lardées de diverses couches de merde ton sur ton, et mon matelas au premier étage s’est gorgé de litres de transpiration qui percole du plafond. Je bouffe des plats iglo à moitiés dégelés avec des couverts en plastique que j’ai volés lors de mon dernier séjour en hôpital psychiatrique. Je déchire sans les lire les messages que me glissent sous la porte mes voisins de palier incommodés ; de toute façon, je ne pense pas que la police ait un quelconque moyen de me remettre dans le droit chemin ; ni même l’armée.

J’ai largué Tancredi parce qu’elle était trop propre. Fil dentaire goût fruits de la passion, préparateur de shampoing, shampoing, après-shampoing, stabilisateur de couleur, pré-Rexona, Rexona, après-Rexona, masque aux concombres, masque au jojoba, cire pour épiler les jambes, cire spéciale pour tracer la te, cire pour ses orteils, poires de lavement pour divers orifices, enfin je ne vais pas tout énumérer, mais il lui fallait bien toute la journée pour arriver fraiche comme un embryon dans mes draps moites, poites et couates.
Elle me disait que j’étais un homme vrai, un humain de la terre et de l’argile ; j’étais son homme des cavernes, et j’imagine qu’elle prenait un plaisir répugnant à se voir recouverte par la bête que je suis.
Moi, je dois dire que ça m’emmerdait de touiller dans de l’Oil of Olaz et de lécher du Nivea. Je voulais qu’elle transpire, ne plus me retrouver avec ses rallonges dans le poing quand j’y tirais les cheveux.
Tancredi est rentré au Québec. C’était y a plus de 8 ans. En 2012, j’ai appris, pour son cancer. À ce moment là, elle était déjà à moitié défigurée d’avoir appliqué de la laque pour cheveux trop près de la veilleuse du chauffe-eau au gaz.
Je n’ai pas assisté à son incinération ; j’ai juste ouï dire qu’elle est partie comme une fusée.
Allez, assez de poésie ; ciao Tancredi, je pense à toi à chaque page de publicités entre deux épisodes de Smallville sur Syfy.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *