Archive for the ‘Vicissitudes’ Category
J-335
mai 26th, 2012 | Christophe Géradon
Tordu qu’il est autour de son appareil photo bazooka, parfois dans des contorsions qui semblent appeler sa chute, le gros photographe prend quatre cents clichés. Prendre tant et n’atteindre – au mieux – qu’une fois la perfection, ne coucher qu’une fois l’essence des deux sylphides. C’est raisonnable.
Sous les spots, après quatre cents poses, les deux filles commençaient à sentir. Les postures s’étaient faites lâches, les énormes bisounours qu’elles tenaient entre leurs bras avaient fini par leur irriter le ventre. Quand le gros photographe sans un mot se retire, Piotr et Katia recouvrent de draps surdimensionnés le binome infantile et, précieusement, les emmènent vers les petits box où elles sont prises en charge par quelques journalistes. Tablettes tactiles sur les genoux, ceux-ci vont leur poser des questions jusqu’à pas d’heure.
Comment vont-elles, durant la campagne, être prénommées ?, demande une envoyée spéciale de Saint-Pétersbourg. Quels pseudonymes ? Une tendance se détache-t-elle ? Que pensent-elles du message d’intérêt public dont elles sont maintenant les porte-drapeaux ?
Pendant ce temps, Piotr et Katia sont au bar de la chaîne, se faisant servir avec honte des breuvages exotiques par un barman Noir. Channel One Russia semble prendre tout en charge d’ailleurs, pas seulement les boissons ; aucun petit extra, durant la campagne, ne sera prélevé sur leur cachet. La bouche de Katia forme un sourire incrédule après qu’elle a soufflé sur son troisième thé blanc.
Sur une table en verre oblongue éclairée par le bas, deux designers ont étalé les quatre cents épreuves à la manière d’un échiquier. Il est passé minuit, et les deux agents Piotr et Katia ont été conviés à la petite procession. Intimidés derrière leur tasse de thé, ils font de la figuration, comprennent rapidement qu’ils sont ici histoire de. Un cliché semble mettre tout le monde d’accord et on escamote les dossiers. Les deux agents et leurs stars sont raccompagnés dans le hall de la chaîne de télévision et, dans la fraîcheur de cette nuit moscovite, Piotr et Katia sont hagards et riches.