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	<title>Le blog du gendre idle</title>
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		<title>J-334</title>
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		<pubDate>Sun, 27 May 2012 16:19:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Géradon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Vicissitudes]]></category>

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		<description><![CDATA[Katia a prévu les sandwichs et les canettes. Piotr et les deux filles sont assis sur des pneus et accueillent les vivres avec un éclat de joie. Ils se sont posés sur le parking de ce centre commercial car, dans quelques minutes, commencera ici la campagne nationale de Channel One Russia. Devant eux, un panneau [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: 'Times New Roman', serif;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Katia a prévu les sandwichs et les canettes. Piotr et les deux filles sont assis sur des pneus et accueillent les vivres avec un éclat de joie. Ils se sont posés sur le parking de ce centre commercial car, dans quelques minutes, commencera ici la campagne nationale de </span></span><span style="font-family: 'Georgia Italic', serif;"><span style="font-size: small;"><em>Channel One Russia</em></span></span><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">.</span></span></span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Devant eux, un panneau publicitaire de plusieurs mètres carrés de superficie va servir de support à la première apparition officielle des deux modèles.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Tous les jours, 30 000 personnes transitent par ce supermarché, par son parking géant. La taille imposante du panneau permet à son support d’être perçu depuis l’autoroute. Lola ouvre un coca, embrasse Marina et entame son sandwich. Ou devrait-on dire : Natacha embrasse Ève. Ces deux pseudonymes, dans quelques minutes, vont apparaître sur plusieurs mètres au-dessus de leur trogne émerveillée.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;">Deux fraîches nymphes au regard troublé par ce monde que leur laisse l’Histoire, deux pré-adolescentes d’une pureté absolue, cachées derrière leur ours en peluche, affichant en quatre par trois le traumatisme du vice adulte. Sur 8 000 points de vue, points de vente, partout en Russie.</span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Ève et Natacha seront dans quelques minutes les innocentes figures de proue de deux continents.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;">Et quand l’affiche s’affiche, et que la campagne se met en marche comme un énorme engrenage, Ève et Natacha, assises sur leur pneu au milieu de ce parking de supermarché, rigolent en se pointant du doigt.</span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Dites « non », say NO ! Don’t Ruin Childhood, ne fanez pas l’enfance.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">La Russie se réveille avec deux nouvelles égéries à vénérer, avec une nouvelle rédemption à portée de téléphone.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Appelez la hotline de </span></span><span style="font-family: 'Georgia Italic', serif;"><span style="font-size: small;"><em>Channel One Russia</em>.</span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;">Ève ouvre une nouvelle canette et, autour d’eux, les voitures commencent à se garer, les gens à faire leurs courses. Devant leur pare-chocs ils découvrent, tels des petits oiseaux tombés du nid, les deux enfants affichées tout là-haut. Et alors ce monsieur appelle sa femme, qu’elle vienne voir ces anges en chair et en os.</span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Et bientôt quatre personnes sont autour d’elles </span></span></span><span>– sans attendre</span><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;"> ils se prosternent ; Katia et Piotr les imitent, dans un recueillement qui n’a rien de truqué.</span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;">Sous le quatre par trois, cent personnes maintenant sont agenouillées autour de deux pneus, sur lesquels la pureté russe a un visage, a deux visages. Un chien en laisse vient leur faire la fête, et Ève le serre dans ses bras. Elle connaît ce chien ; au bout de sa laisse se trouve Monsieur Franz, qui vient souvent sur le parking de ce supermarché pour vendre des DVD amateurs. Sur la jaquette de celui-ci, ce chien et ces deux filles ;</span><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;"> mais le nombreux public est ailleurs et, au bord des larmes, immortalise cet instant </span>– les poutous excités du toutou, les deux princesses bousculées riant aux éclats –<span style="font-family: Georgia, serif; font-size: small;">, avec son appareil photo numérique.</span></p>
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		<title>J-335</title>
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		<pubDate>Sat, 26 May 2012 15:01:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Géradon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Vicissitudes]]></category>

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		<description><![CDATA[Tordu qu’il est autour de son appareil photo bazooka, parfois dans des contorsions qui semblent appeler sa chute, le gros photographe prend quatre cents clichés. Prendre tant et n’atteindre – au mieux – qu’une fois la perfection, ne coucher qu&#8217;une fois l’essence des deux sylphides. C’est raisonnable. Sous les spots, après quatre cents poses, les deux filles commençaient à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Tordu qu’il est autour de son appareil photo bazooka, parfois dans des contorsions qui semblent appeler sa chute, le gros photographe prend quatre cents clichés. Prendre tant et n’atteindre </span></span></span><span>–</span><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;"> au mieux </span><span>–</span><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: small;"> qu’une fois la perfection, ne coucher qu&#8217;une fois l’essence des deux sylphides. C’est raisonnable.</span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Sous les spots, après quatre cents poses, les deux filles commençaient à sentir. Les postures s&#8217;étaient faites lâches, les énormes bisounours qu’elles tenaient entre leurs bras avaient fini par leur irriter le ventre. Quand le gros photographe sans un mot se retire, Piotr et Katia recouvrent de draps surdimensionnés le binome infantile et, précieusement, les emmènent vers les petits box où elles sont prises en charge par quelques journalistes. Tablettes tactiles sur les genoux, ceux-ci vont leur poser des questions jusqu’à pas d’heure.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;">Comment vont-elles, durant la campagne, être prénommées ?, demande une envoyée spéciale de Saint-Pétersbourg. Quels pseudonymes ? Une tendance se détache-t-elle ? Que pensent-elles du message d’intérêt public dont elles sont maintenant les porte-drapeaux ?</span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Pendant ce temps, Piotr et Katia sont au bar de la chaîne, se faisant servir avec honte des breuvages exotiques par un barman Noir. </span></span><em><span style="font-family: 'Georgia Italic', serif;"><span style="font-size: small;">Channel One Russia</span></span></em><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;"> semble prendre tout en charge d’ailleurs, pas seulement les boissons ; aucun petit extra, durant la campagne, ne sera prélevé sur leur cachet. La bouche de Katia forme un sourire incrédule après qu’elle a soufflé sur son troisième thé blanc.</span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;">Sur une table en verre oblongue éclairée par le bas, deux designers ont étalé</span><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: small;"> les quatre cents épreuves à la manière d’un échiquier. Il est passé minuit, et les deux agents Piotr et Katia ont été conviés à la petite procession. Intimidés derrière leur tasse de thé, ils font de la figuration, comprennent rapidement qu’ils sont ici histoire de. Un cliché semble mettre tout le monde d’accord et on escamote les dossiers. Les deux agents et leurs stars sont raccompagnés dans le hall de la chaîne de télévision et, dans la fraîcheur de cette nuit moscovite, Piotr et Katia sont hagards et riches.</span></p>
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		<title>J-336</title>
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		<pubDate>Fri, 25 May 2012 12:45:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Géradon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Vicissitudes]]></category>

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		<description><![CDATA[Quand arrive le mois de mars, ne voyant aucun casting concret à proposer à leurs enfants, Katia évoque l’idée d’un duo lesbien pour la scène musicale pop. La tête ailleurs, Piotr en écarte vaguement l’idée ; depuis midi en réalité il fait les cent pas avec cette page de magazine sous les yeux, obnubilé semble-t-il par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quand arrive le mois de mars, ne voyant aucun casting concret à proposer à leurs enfants, Katia évoque l’idée d’un duo lesbien pour la scène musicale pop. La tête ailleurs, Piotr en écarte vaguement l’idée ; depuis midi en réalité il fait les cent pas avec cette page de magazine sous les yeux, obnubilé semble-t-il par l&#8217;un de ses encarts publicitaires.</p>
<p>Après leur tournage du jeudi prochain chez Monsieur Franz, annonce-t-il résolu, tapotant le magazine du doigt, il faudra illico saper nos filles façon princesses, parce que <em>Channel One Russia</em> propose un casting national.</p>
<p>Moqueuse, la mère de Lola souligne ces trois mots : <em>Channel One Russia</em>, comme s’il était question d’une autre ligue que la leur – mais, imperturbable, l’agent de Marina se met à énumérer les exigences de la chaîne listées sur le papier offset – exigences qui, de manière presque choquantes, semblent dans les cordes des deux gamines.</p>
<p>Dans le silence qui s&#8217;ensuit, Katia repose lentement sa tasse de café.</p>
<p>Es-tu certain que le coup est à tenter ?</p>
<p>Pour toute réponse, Piotr décroche son téléphone et suit du doigt les onze chiffres imprimés sur l’annonce.</p>
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		<title>J-337</title>
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		<pubDate>Fri, 18 May 2012 19:10:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Géradon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Vicissitudes]]></category>

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		<description><![CDATA[Il est minuit. Le sol du parking de l’hôtel est d’un noir absolu, luisant de pluie. Dans la voiture, sous le plafonnier, les trois occupants sont statiques, fatigués, amers. Ils attendent. Le chauffage distille dans l&#8217;habitacle une odeur de chaussette brûlée. Piotr, les mains posées sur le volant, actionne une nouvelle fois le battement des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il est minuit. Le sol du parking de l’hôtel est d’un noir absolu, luisant de pluie. Dans la voiture, sous le plafonnier, les trois occupants sont statiques, fatigués, amers. Ils attendent. Le chauffage distille dans l&#8217;habitacle une odeur de chaussette brûlée.</p>
<p>Piotr, les mains posées sur le volant, actionne une nouvelle fois le battement des essuie-glaces ; il se tord le cou – en contre-plongée, les deux fenêtres de la chambre où tout se passe sont embuées. Il répète :</p>
<p>« Je vous jure qu’on ne voit rien. »</p>
<p>Sur le siège arrière, Elena – la petite amie d&#8217;Oliver – jète un énième coup d&#8217;œil à la bâtisse. Un halo rouge émane des fenêtres de la chambre, tamisées par un voile aux mailles fines. On ne voit effectivement rien. Piotr se replace sur son siège, abaisse la vitre de sa portière pour respirer un peu d&#8217;air frais.</p>
<p>Le tournage pour « Fourteen » s&#8217;éternise. Franz, le metteur en scène, ne leur a pas laissé le choix : ils attendraient dehors.</p>
<p>— Comment pourrait-il avoir davantage honte que d’habitude ?, s’est crispée Elena. Qui m&#8217;a parlé d&#8217;un chien ; c&#8217;était pour rire, Piotr ? Katia ?, puis, finalement : si vous le savez, s&#8217;il vous plaît taisez-vous. »</p>
<p>Une voiture passe dans la nuit. Tout le monde dans l&#8217;habitacle semble captivé par les phares qui arrivent et s&#8217;éloignent. Elena se rabbat soudain sur le siège arrière. Un peu plus tôt, elle a demandé à la mère de Lola de décrire sa fille. Dans le genre inutile. Non, c&#8217;est à la neutralité de Piotr qu&#8217;il fallait faire appel :</p>
<p>« Lola, vous, décrivez là moi. »</p>
<p>Piotr semble un long moment ignorer la question, puis finit par gonfler les joues. Ce qu’Elena veut savoir, c’est si cette Lola avec laquelle Oliver et Marina sont en train de tourner – depuis plus de six heures maintenant –, pourrait faire chavirer le cœur de son mec. Piotr est conscient que Lola est plus jolie que Marina ; pas vraiment le même genre. Il est coincé entre la mère, qui n’accepterait pas qu’on en dise du mal, et la cocue potentielle, qui n’accepterait pas qu’on en dise du bien.</p>
<p>« C’est du cinéma, Elena, Piotr s’entend répondre après un moment, je ne peux pas juger. Vous devriez prendre ça plus&#8230; légèrement.</p>
<p>— Mon mec est en train de se taper deux connes qui ont l’âge de mon clebs, s’emporte la copine d’Oliver, excusez-moi de tiquer. »</p>
<p>Elena, continuant à fulminer, se rabat derechef sur la plage arrière. Piotr s’en fout, il se sent zen par rapport à la situation. Et il sait que Katia aussi a ravalé son hystérie quand Franz lui a vidé un sac de liasses sous les yeux.</p>
<p>Non, si Piotr devait vraiment y réfléchir, il se demanderait pourquoi Elena n’a finalement jamais été jalouse de Marina, pour toutes les fois où ils ont tourné ensemble. Marina est jolie. Ce n’est pas une bimbo, voilà tout. Qu’est-ce qu’elle peut y connaître, cette conne ?</p>
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		<title>J-338</title>
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		<pubDate>Wed, 16 May 2012 15:22:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Géradon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Vicissitudes]]></category>

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		<description><![CDATA[Piotr erre un moment dans les coulisses du théâtre, se demandant s’il est bien à la hauteur de la tâche qui lui a été confiée. Marina est une brave gamine, et elle n’est pas la pire qu’il ait coachée. Elle est grande, pas moche, avec ses cheveux noirs mi-longs, cette frange qui lui fait ce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Piotr erre un moment dans les coulisses du théâtre, se demandant s’il est bien à la hauteur de la tâche qui lui a été confiée. Marina est une brave gamine, et elle n’est pas la pire qu’il ait coachée. Elle est grande, pas moche, avec ses cheveux noirs mi-longs, cette frange qui lui fait ce petit casque sympa. Elle a un petit cul qui lui vaut quelques contrats, ce qui finalement maintient financièrement la barque et éventuellement l’Espoir de tomber un jour sur une grande production nationale. Quand elle aura quinze ans, si rien ne tombe, elle pourra encore passer à l’Ouest. Mais le gardera-t-elle jusque-là ?</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;">En attendant et pour l&#8217;heure, s’il doit aviser Marina du verdict de Vladimir Vladim, il pourrait en contrepartie avoir une excellente nouvelle à lui annoncer. Rien n&#8217;est fait, bien entendu ; il devra d&#8217;ailleurs finement palabrer, </span><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: small;">à l&#8217;abris des regards </span><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: small;">sous les planches de ce théâtre, avec cette femme qu&#8217;il devine à présent dans la pénombre.</span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« Je suis là. » fait Piotr à haute voix.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">La femme, habillée élégamment, et marchant à petits pas au milieu de ce fatras que représentent les coulisses, arrive haletante jusqu’à lui.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« Piotr ! Piotr ! Pouvez-vous trouver des endroits pires que ceux-ci pour vos messes basses !</span></span></span></p>
<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;">— <span style="font-family: 'Times New Roman', serif;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Vous êtes passées chez Vladim ? »</span></span></span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">La femme, qui se prénomme Katia, s’époussette méticuleusement, le menton rentré dans le cou, laissant filer une minute pour réfléchir au ton à donner à sa réponse. Leur regard connivent suffit finalement ; son élément s’est fait rabrouer tout aussi vertement que celui de Piotr.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« Je ne sais pas ce qu’il cherche, fait-elle, faussement outrée. Nos filles ont tout ce qu’il faut.</span></span></span></p>
<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;">— <span style="font-family: 'Times New Roman', serif;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Peut-être ont-elles </span></span><em><span style="font-family: 'Georgia Italic', serif;"><span style="font-size: small;">toutes</span></span></em><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;"> ce qu’il faut. » observe Piotr.</span></span></span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Katia s’est calmée, ou peut-être la réponse qu’elle veut donner à ça l’attriste plus qu’elle peut le cacher.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« Nos filles sont communes, Piotr. J’aime Lola plus que tout. Les espoirs que j’ai placés en elle sont avec le temps devenus les siens. Et maintenant, je ne sais plus ce qu’il en est pour moi. J’en arrive à mendier des rôles aux autres agents, Piotr. J&#8217;en suis à douter de la capacité de Lola à gagner un jour sa vie avec ses prestations. Nous travaillons dur, mais votre élément et le mien vont finir à l’Ouest. J’ai peu d’espoir qu’il en soit autrement. »</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Piotr acquiesce lentement, désolé, attendant le meilleur moment pour attaquer, le moment où Katia soufflera de désespoir et lui quémandera une adresse, un piston, un ouï-dire de casting. Et elle craque plus tôt qu&#8217;espéré, quasi immédiatement.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« Piotr, nous nous connaissons depuis quelques années&#8230; </span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;">— <span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Oui, Katia, coupe Piotr, il existe un moyen de maintenir financièrement l’Espoir.</span></span></span></p>
<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;">— <span style="font-family: 'Times New Roman', serif;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Vraiment ?</span></span></span></span></span></p>
<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;">— <span style="font-family: 'Times New Roman', serif;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Vraiment. </span></span><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Connaissez-vous un certain Monsieur Franz ? »</span></span></span></span></span></p>
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		<title>J-339</title>
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		<pubDate>Tue, 15 May 2012 14:02:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Géradon</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Après une attente interminable, Piotr pénètre dans la loge de Vladimir Vladim qui, à son entrée, lève les yeux au ciel et se retourne vers son miroir. Vladim connaît l’agent Piotr, pas besoin de faire les présentations, merci. Qu’il s’asseye là et puis c’est bon. Plus vite ça sera fait, plus vite l’agent suivant pourra [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Après une attente interminable, Piotr pénètre dans la loge de Vladimir Vladim qui, à son entrée, lève les yeux au ciel et se retourne vers son miroir. Vladim connaît l’agent Piotr, pas besoin de faire les présentations, merci. Qu’il s’asseye là et puis c’est bon. Plus vite ça sera fait, plus vite l’agent suivant pourra venir vendre sa marchandise.</span></span></span></p>
<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: 'Times New Roman', serif;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Piotr sait qu&#8217;il a tout au plus dix minutes à disposition, alors, au taquet, il siffle sa belle histoire, dans laquelle Marina est amplifiée</span></span><span style="font-family: 'Georgia Italic', serif;"><span style="font-size: small;">, </span></span><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">exacerbée, mythifiée ; et durant dix minutes, la bouche en O, un Vladim non concerné passe de la crème blanche sur son visage. </span></span></span></span></span><span><span style="font-family: 'Times New Roman', serif;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Quand, enfin, Piotr a dégobillé son dernier argument, un silence inconfortable s&#8217;installe. </span></span></span></span></span><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;"> L’Artiste suppose qu&#8217;il doit zieuter un moment le reflet de l’agent dans son miroir ; sans se retourner, il dit :</span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« Vous êtes conscient que, quoique vous puissiez me dire, les chances de voir votre élément repris dans mon spectacle sont quasi nulles, n’est-ce pas ? »</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Ajustant sa perruque dans le silence qui persiste, l&#8217;Artiste finit par reprendre :</span></span></span></p>
<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: 'Times New Roman', serif;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« Vous me dites qu’elle n’a aucune expérience dans le monde de la chanson… (Piotr veut le contredire) …Et ce n’est pas trois ondulations du bassin dans ce </span></span><span style="font-family: 'Georgia Italic', serif;"><span style="font-size: small;">clip vidéo</span></span><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;"> qui changeront quoi que ce soit à ce constat. »</span></span></span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Il admet ensuite :</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« C’est difficile. Pour tout le monde. La carrière de cette petite ne démarre pas et j’ai bien peur de vous dire que des gamines plus talentueuses qu’elle se font rabrouer un peu partout dans le métier. Certaines peuvent au mieux briguer une place sur des stands de foire. Je sais que c’est horrible. La jeune fille que vous me présentez va de castings ratés en shootings bidon, et Dieu sait ce que vous me taisez, mais que j’imagine très bien ; elles en sont toutes là. Que voulez-vous que j’ajoute ? Vous annoncez vous-même la sentence. »</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Puis, plus sévère tout à coup, il y revient :</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« Prenez-vous ce théâtre pour un tremplin ? C’est un aboutissement, monsieur Piotr. »</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">L’agent déforme son chapeau, bêtement assis ; il entrevoit le moment où il devra à nouveau annoncer à Marina qu’elle ne « correspond pas au profil. »</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Vladimir Vladim s’est remis à maquiller son front. Il dit :</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« Bien entendu, vous avez rempli les papiers. Administrativement, elle a le droit de passer son bout d’essai sur scène. C’est à vous de voir si vous voulez lui épargner ça ou non. Allez en parler avec elle. Et appelez l’agent suivant. »</span></span></span></p>
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		<title>J-340</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Apr 2012 15:58:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Géradon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Vicissitudes]]></category>

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		<description><![CDATA[Marina a pensé quelques fois à Lola durant la semaine qui a suivi le casting yaourt de Saint-Pétersbourg. Mardi, au milieu du lac flottait une bouée rouge, c’était sa bouche. Hier, dans la voiture de Piotr, il y avait trois jeunes femmes, adultes, inconnues. L’une d’elles s’appelait Lolla, deux l. Une chaîne très fine, léger [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Marina a pensé quelques fois à Lola durant la semaine qui a suivi le casting yaourt de Saint-Pétersbourg. Mardi, au milieu du lac flottait une bouée rouge, c’était sa bouche. Hier, dans la voiture de Piotr, il y avait trois jeunes femmes, adultes, inconnues. L’une d’elles s’appelait Lolla, deux l. Une chaîne très fine, léger filin d’or, comme tracé à l’ocre sur ses clavicules, battait au rythme de son pouls et de ses fous rires. Jolie, mais pas édifiante.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Aujourd’hui, les hasards faisant parfois bien les choses, Marina déchiffre avec espoir la feuille A4 rose scotchée à la porte de cette chambre d’hôtel – lieu du dernier shooting de février –, mais le nom de Lola n’y figure pas. Ni celui d’aucune autre fille qu’elle. </span></span></span><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;">Précédés par leur valise, Marina et Piotr gagnent lentement leur chambre.</span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Ici les quarts d’heure sont figés, et Marina semble chargée d’adrénaline ; elle finit par taquiner son agent, fait mine d’en arriver aux mains, puis y arrive, et Piotr jure en évitant les coups. Puis quand les rires se sont taris et que le calme est revenu, elle décide de passer le reste du temps à s’occuper des valises. Quand elle arrange les dentifrices sous le miroir, elle s’y découvre un teint vif et éclatant. La tête en arrière, Marina envoie un baiser à son reflet, puis sort de la salle de bain. Piotr dort. La jeune fille quitte la chambre en emportant un snack.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Elle se retrouve, insouciante, à voguer dans le patio, vérifiant si les meilleurs scores affichés sur le flipper de l’hôtel ont changé depuis son dernier shooting ici, le mois dernier. Puis elle se laisse glisser jusqu’à la réception. Là, allongé sur un des deux divans, un gros homme dort. Elle pense reconnaître Monsieur Franz, quoique vu l’angle, ça reste une impression. La télévision est allumée, mais le son est coupé. L’increvable chat du patron est incurvé sur une pile de linge propre. À son incursion, le félin lève une oreille, pas davantage ; immobile au milieu du petit salon commun, Marina fixe le gros homme en mâchant son snack. Elle n’arrive pas à décider s’il s’agit de Monsieur Franz ou non. Elle continue de mâcher, aussi imperturbable que lui. Puis au milieu du silence total, l’homme tousse et se retourne sur sa couche ; Marina prend ses jambes à son cou et regagne sa chambre.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« Je pense avoir vu Monsieur Franz, fait-elle. Il dormait, je n’ai pas vu sa tête, mais je pense avoir reconnu le reste. Même s’il a grossi. » Piotr est occupé à laver deux jupes. Il ponce une tache avec sa brosse à dent, le volume de la mousse décuple et dégringole sur la moquette.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: small;">À l’heure indiquée sur la feuille A4 rose, Marina frappe à la porte de la chambre de Monsieur Franz. Elle porte le t-shirt « fourteen » de la boîte de production, et ses hanches maintiennent une jupe jaune autour de ses cuisses. Quand la porte s’ouvre, Marina gagne la kitchenette. Elle a fait un rapide signe à Monsieur Franz, mais le boss n’a jamais trop joué dans le social. Au milieu de la chambre sont étalés les différents appareillages vidéos du metteur en scène, que la jeune actrice enjambe méticuleusement.</span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Elle retrouve Oliver, assis à la table, qui laisse un instant son repas pour se lever et lui faire la bise. Il ne trouvera rien à dire durant les cinq minutes suivantes, mais Marina ne s’en rendra pas compte ; elle s’est de suite laissée aller, le visage posé sur le revers de la main, à chercher une bouche, une courbe, une frange noire, dans le décor qui s’étend par-delà la fenêtre. Ça ne présage rien de bon.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Oliver mâche sa viande rouge bien trop longtemps pour que tout aille pour lui dans le meilleur des mondes. Marina propose « Quelque chose ne va pas ? » Oliver a les yeux dans le vague. Il avale, joue du couteau avec le reste de son steak rouge, le tranche enfin.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« Le Ballet ne m’a pas retenu. » finit-il par avouer, avant de se remettre à mâcher pour ne pas développer. Marina pose sa main sur la sienne, puis la retire. Oliver dit :</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« Et toi, les yaourts ?</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;">— <span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Pas mieux. » elle hausse les épaules avec un sourire amer, puis finalement plein de connivence. Oliver renifle et hausse les épaules à tous ces cons.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« Bientôt, ils comprendront tous leur erreur. » Puis il ajoute, comme un faux reproche soudain « Tu sais que c’est pour toi que j’avale toute cette viande rouge ?</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;">— <span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Piotr a amené pour moi des galettes de son bled, dit-elle avec un air qui veut bien dire ce qu’elle en pense. Je ne veux pas savoir quel est leur effet réel.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;">— <span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Elena m’a prévenu que je n’ai pas intérêt à lui demander à elle de me préparer de la viande tous les jours. »</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Les yeux de Marina s’envolent avec un oiseau qui picorait sur le parking, il y a dans ceux-ci des reflets qu’Oliver n’y avait jamais vus. Il sourit. « Tu penses à quelqu’un ?</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;">— <span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Je crois. C’est horrible.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;">— <span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Action, my darlings, action. » intervient Monsieur Franz, qui n’a semble-t-il pas que ça à faire.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Les spots sont dirigés vers eux, et Marina colle sa joue à celle d’Oliver. « Horrible. »</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« I want it filthy and kinky, my lads, fait calmement Monsieur Franz, un œil dans le viseur de sa caméra.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;">— <span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Il s’appelle Lalo, dit-elle dans un souffle en embrassant Oliver. Là, dans cette chambre d’hôtel au milieu de nulle part, sa jupe jaune tombe par terre ; elle se retourne, prend la position du flipper, et se met à buter contre les hanches nues de son partenaire.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;">— <span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">That’s what I’m talking about&#8230; », fait Franz.</span></span></span></p>
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		<title>J-341</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Apr 2012 14:51:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Géradon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Vicissitudes]]></category>

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		<description><![CDATA[Plantée les bras croisés au milieu de la file des candidates, Marina parfait sa moue d’adolescente exaspérée. Elle imprime son petit déhanché paresseux, roule des yeux au plafond, soupire, se ventile ; en d’autres termes, elle adopte l’attitude professée par son agent Piotr pour séduire un jury. Il faut signifier à la cantonade qu’elle n’a que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Plantée les bras croisés au milieu de la file des candidates, Marina parfait sa moue d’adolescente exaspérée. Elle imprime son petit déhanché paresseux, roule des yeux au plafond, soupire, se ventile ; en d’autres termes, elle adopte l’attitude professée par son agent Piotr pour séduire un jury.</span></span></span></p>
<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: 'Times New Roman', serif;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Il faut signifier à la cantonade qu’elle n’a que </span></span><span style="font-family: 'Georgia Italic', serif;"><span style="font-size: small;"><em>finalement</em></span></span><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;"> daigné se présenter à ce casting. Qu’elle a d’autres projets pour la journée.</span></span></span></span></span></p>
<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: 'Times New Roman', serif;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Diable.</span></span></span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">La réalité, c’est qu’elle n’a aucun autre projet pour sa vie ; rien d’autre au programme que d’arpenter semaine après semaine les salles d’auditions bondées d’adolescentes colériques.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;">Le rôle du jour : cadette de la famille-témoin, découvrant à la porte du réfrigérateur ce produit laitier, Marina doit se montrer extatique à la première cuillerée et, reprenant de justesse ses esprits, ponctuer l’orgasme déroutant d’une baseline inspirée. Cible : cette famille-témoin répétée quinze millions de fois sur le territoire russe.</span></p>
<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: 'Times New Roman', serif;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: 'Georgia Italic', serif;"><span style="font-size: small;">Marina</span></span><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;"> répétée quinze millions de fois sur le territoire russe. Un fantasme.</span></span></span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="font-family: 'Georgia Italic', serif;"><span style="font-size: small;"><em>Plantée les bras croisés au milieu de la file des candidates</em></span></span><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">, Marina doit feindre l’ennui au sein des Jardins Suspendus. Bouder au cœur des Pyramides.</span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Et, bien entendu, au moindre relâchement, au petit enthousiasme résiduel, elle redeviendrait la bergère de son hameau perdu des Carpates, et cette idée – insupportable –, ce couperet ignoble, lui sert de véritable dynamo : elle y puise une force nouvelle – telle, qu’après avoir provoqué du buste un léger mouvement de foule parmi les autres candidates, son visage semble en même temps battre en retrait et se pincer, et ce n’est plus maintenant de l’ennui, ou même de l’exaspération qu’on y lit, mais un simple et limpide dégout embarrassé et tolérant pour chacune de ses concurrentes.</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;">Son agent Piotr, posté à l&#8217;autre bout du hangar, observe attentivement la procession. Vêtu de son éternel survêtement de sport bleu de Prusse au flocage orangé, il approuve d’un signe de tête la prestation morbide de sa gamine. Marina doit réprimer ce soulagement tiède qui lui monte aux reins, en durcissant encore le ton. C&#8217;est maintenant de la </span><em style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;">honte</em><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;"> qu&#8217;elle éprouve pour les autres filles.</span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Écho sur le béton ; </span></span><span style="font-family: 'Georgia Italic', serif;"><span style="font-size: small;"><em>madame</em></span></span><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;"> Bulykinovskaïa fait claquer ses talons le long de la file des jeunes nymphes agacées. Chasse la mèche de l’une, toise le menton d’une autre. Marina choisit ce moment pour exhaler un nouveau souffle de dédain, ce qui a le don d’interpeller Bulykinovskaïa ; madame s’est arrêtée à sa hauteur. Un doigt momifié frôle la tempe de Marina et la gamine lit ces mots qui se forment au ralenti sur l’orifice rouge et os de la Vioque :</span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">« Votre-frange-est-passée-de-mode-Mademoiselle. »</span></span></span></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Bon sang, que fait-elle là ? Va-t-elle s’écrouler ? Elle ne passera peut-être même pas le casting du casting.</span></span></span></p>
<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: 'Times New Roman', serif;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">La bergère, qui tente gauchement de garder l’œil altier, s&#8217;entend répondre « Oui, Madame. », mais </span></span><em><span style="font-family: 'Georgia Italic', serif;"><span style="font-size: small;">Madame</span></span></em><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;"> Bulykinovskaïa est déjà sur une autre tempe, sur un autre menton.</span></span></span></span></span></p>
<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;">Et à nouveau, la scène se répète ; la fille en tête de cortège s’avance et prend place sur un tabouret arrimé entre un fond bleu et une caméra, s’empare d’une cuillère, d’un pot démarqué.</span></p>
<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: 'Times New Roman', serif;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Noire de cheveux, c’était un des </span></span><span style="font-family: 'Georgia Italic', serif;"><span style="font-size: small;"><em>base requirements</em></span></span><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">. Comme la peau blanche qui tend sur le translucide. Comme les treize ans minimum, les quinze maximum. Celle-ci, face à l&#8217;objectif, a l’habitude des castings – Marina l’a croisée plusieurs fois autour de Saint-Pétersbourg. Elles ont même été figurantes dans ce clip, il y a trois mois. Son prénom ne lui revient pas. Si, </span></span><span style="font-family: 'Georgia Italic', serif;"><span style="font-size: small;"><em>Lola</em></span></span><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">. Elle se prénomme Lola. Les assistantes s’affairent autour du minois pincé de Lola puis, au moment où elles se retirent toutes, la jeune adolescente présente le produit, le déglutit, montre la satisfaction orgasmique, balance la baseline et, après ce qui aura duré tout au plus une minute, sa tête enfin disparaît de tous les moniteurs. </span></span></span></span></span></p>
<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000;"><span style="font-family: 'Times New Roman', serif;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;">Marina plisse les yeux. Quelque chose a changé chez Lola depuis ce clip bidon, un détail sans doute&#8230; comme un </span></span><span style="font-family: 'Georgia Italic', serif;"><span style="font-size: small;"><em>petit genre</em></span></span><span style="font-family: Georgia, serif;"><span style="font-size: small;"> qui lui aurait poussé au cours de ces trois mois ; dans l’ombre, Marina n’arrive pas à la quitter des yeux.</span></span></span></span></span></p>
<p lang="" align="JUSTIFY"><span style="font-size: small; font-family: Georgia, serif;">Les filles font à nouveau toutes un pas en avant, et Marina est bousculée à son tour ; au loin, suivie au col par ce qui doit être sa mère, Lola se traîne vers le couloir aux collations et, arborant un visage abattu, elle disparaît de vue.</span></p>
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		<title>J-342</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Apr 2012 12:00:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Géradon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Vicissitudes]]></category>

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		<description><![CDATA[Mes pérégrinations intempestives alentour de la gare des Guillemins m’amènent souvent à longer les baies vitrées du Quick de la rue du même nom. Et, par la force des choses, quand au détour d’un quai le ventre éructe sa famine aux piécettes accidentelles qui galvanisent mes poches, il m’arrive de pénétrer dans le temple au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Mes pérégrinations intempestives alentour de la gare des Guillemins m’amènent souvent à longer les baies vitrées du Quick de la rue du même nom. Et, par la force des choses, quand au détour d’un quai le ventre éructe sa famine aux piécettes accidentelles qui galvanisent mes poches, il m’arrive de pénétrer dans le temple au Q rouge pour prélever au zinc sa victuaille populacière — pain et viande si bien vulgarisés par ces onctueuses mouilles giclées nonchalamment en arrière boutique par des Mexicains sans permis de séjour ou des Belges sans permis de sortie. Le Quick, ai-je observé, n’est délicieux que cancérigène ; enlevez-lui ses bouche-conduits qu’un hamburger redevient la pitance que l’on tente justement de fuir en franchissant ses portes. Rendez le cheeseburger propre à la consommation qu’il devient aussi bandant qu’une pute anorexique. Ennuyeux comme un repas sécurisé de curiste, le fishburger sans sa morve épicée indispose la papille du teenager ; dans cet occident sans risque, où l’on tue, baise et travaille virtuellement, où l’on fuit et chasse pour de faux, notre seul ennemi réside encore en ce qu’on ingère. Laissez-nous ce danger, s’il vous plaît messieurs les diététiciens, que finalement nous ne soyons pas tentés, indécrottables masochistes, d’en trouver un bien pire.</p>
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		<title>J-343</title>
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		<pubDate>Thu, 26 Apr 2012 15:09:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Géradon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Vicissitudes]]></category>

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		<description><![CDATA[Peu avant que d’une pétarade la Coccinelle de Betty ne traverse la place Reine Elizabeth et n’aille s’encastrer dans le tronc du troisième chêne en partant de la boulangerie, Ritchie Mengo, un livre sous le bras, sort de la librairie voisine. Il consulte sa montre, rajuste son écharpe et, comme si l’idée lui était venue [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Peu avant que d’une pétarade la Coccinelle de Betty ne traverse la place Reine Elizabeth et n’aille s’encastrer dans le tronc du troisième chêne en partant de la boulangerie, Ritchie Mengo, un livre sous le bras, sort de la librairie voisine. Il consulte sa montre, rajuste son écharpe et, comme si l’idée lui était venue tout à coup, entreprend de disperser les jeunes gens qui déambulent sur le futur lieu de l’accident.  En bon trentenaire, Ritchie Mengo est ce qu’on peut appeler un homme de forte corpulence, aux fesses confortables sur lesquelles il aime s’asseoir, aux épaules lâches comme un cintre en caoutchouc et au menton double, parcouru comme ses joues d’un pelage de chien battu, rejoignant par les favoris une chevelure barbelée de minuscules boucles noirâtres.  Autour du livre qu’il vient d’acheter, et qu’il brandit pour faire fuir les jeunes badauds, sont déployées d’énormes mains, qu’il tient de sa mère, épaisses comme s’il en avait enfilé trois paires, et dont la pilosité est tellement surprenante que ses dix doigts paraissent tout simplement faux (assertion récurrente qui le blesse au point que se trouve pliée dans son portefeuille une attestation médicale prouvant leur authenticité physique, qui peut atteindre 60% en hiver).  Quand Ritchie déploie les bras, et que toutes les filles et que tous les garçons se sont envolés alentours, il se tourne vers la Coccinelle branlante située en bout de piste, opine, et finit par s’accouder à un banc pour entamer le quatrième de couverture du livre qu’il vient d’acheter.  À l’autre bout de la place, derrière le volant, Betty se remaquille, acquiesçant au téléphone ; la jeune femme louche dans le rétroviseur, et se compose une moue pour passer la graisse carmin sur ses lèvres. Et quand celles-ci sont uniformément maculées, et que les pompiers au bout du fil ont décidé de la prendre au sérieux, elle lâche le portable au-dessus de son sac, inhale, exhale, et passe la première.  Le levier de vitesse amorcé, la mécanique s’ébranle, les courroies entraînent d’autres courroies ; la vitre de sa portière se met à émettre un bourdonnement ; Betty y pose le front et ses dents se mettent à claquer.  Betty est la petite sœur de Ritchie, et elle ne lui ressemble pas, à croire qu’ils ne partagent ni la même mère, ni le même père, ni le même singe. Betty est une anachronique pin-up blonde enveloppée dans un emballage Quality Street à taille humaine. Le violet et le marron semblent être ses couleurs favorites, sauf si on les lui demande, auquel cas c’est plus précisément grenat et beige. Betty n’a pas de tatouage, elle aime à le signaler, sauf sur l’épaule gauche, la cheville gauche et au creux des reins.  Ce matin, la place Reine Elizabeth est éclairée comme s’il était vingt-trois heures, et une brume, stagnant à mi-hauteur d&#8217;homme, n’arrive pas à totalement disparaître ; d’où Betty se trouve, elle jurerait que les enfants résiduels en bout de piste ont des diodes à la place des yeux. La jeune femme appuie enfin sur l’accélérateur, et les roues de la Coccinelle font péter des cailloux à gauche et à droite, d’abord chichement, puis de plus en plus puissamment, pour s’incruster finalement dans les sillons en caoutchouc et Betty est maintenant à pleine vitesse, c’est à dire 30 kilomètres/heure. La jeune femme tente de ne pas rater l’arbre visé par sa plaque d’immatriculation et, dans un choc auquel elle n’est toujours pas parvenue à s’habituer, le pare-choc se froisse autour du tronc, comme une embrassade métallique ; Betty est projetée sur le volant comme un marteau blond et fou sur un gong gris dentelé. Le sang est rouge vif et la vitre ne bourdonne plus.</p>
<p>Ritchie se dit qu’il a oublié les fleurs, mais qu’il y en aura à l’hôpital, comme à chaque fois ; il jette le livre dans la voiture et attend les pompiers en soufflant.</p>
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