J-345
10 février 2012 | Christophe Géradon
Franchement, j’aurais un flingue, je me le serais fourré cent fois dans la gorge. Aux vents des beautés cruelles, aux mélanges psychotropes hasardeux, aux contingences des temps additionnels. La fois de trop, je me serais fait exploser le cul en tirant vers le bas. Sans doute ne serais-je pas mort sur le coup ; j’aurais encore pu retirer le canon de ma cavité orale, et penser à plein de choses comme les larmes de ma mère ou les parties de Pro Evolution Soccer sur la console avec mon petit frère. La douleur physique aurait atteint un pic atroce, mais j’imagine bien plus abominable ce sentiment purement traumatisant qui aurait vogué jusqu’à l’inconscience. Pour ne pas penser, je me serais sans doute mis à dodeliner vers mon ordinateur, l’entrejambe en sang, et j’aurais benoîtement twitté que je venais de me charcuter les entrailles avec du métal. J’aurais sans doute attendu les blagues en retour. Mes dents de devant défoncées, j’aurais rechigné à prendre une photo, un dernier relent d’estime personnelle. Heureusement qu’il y aurait la douleur sublime. Se focaliser sur elle, oublier mes mains qui effleurent la bouteille de coca achetée le matin, oublier mes bulletins de primaire, oublier les œufs de Pâques dans le jardin rue du Laveu, oublier mon frère, dans dix ans, traînant trois fois son poids. Heureusement qu’il y aurait la putain de douleur.